Remarquez comment le narrateur introduit ce récit (v.1) : « après cela, Dieu mit Abraham à l’épreuve ». Nous trouvons donc dans ce passage LA mise à l’épreuve d’Abraham, c’est-à-dire, la plus grande épreuve qu’il ait jamais connue. Ce n’est pas que la vie d’Abraham ait été facile. Au contraire même. Imaginez-vous à la place de ce vieil homme. Sa vie a déjà été marquée par des grandes crises dans lesquelles il a dû abandonner ce qui lui était cher. Rappelez-vous : il a dû quitter son pays et sa famille. Il a aussi dû se séparer de son neveu Lot. Un peu plus tard, il a dû abandonner les plans qu’il avait pour Ismaël, le fils qu’il avait eu avec une servante. Mais le plus dur restait à venir. Car voici que Dieu appelle Abraham. « ‘Abraham !’. Celui-ci répondit : ‘Me voici !’. Dieu dit : ‘Prends ton fils unique, celui que tu aimes, Isaac. Va-t’en au pays de Morija et là offre-le en holocauste sur l’une des montagnes que je t’indiquerai’ ».
Dieu demande à Abraham l’impossible : il lui demande de lui sacrifier son propre fils, son fils unique, qu’Abraham aime terriblement ! C’est sûr, Abraham ne comprend pas ce qui lui arrive. Il y a au moins trois bonnes raisons de ne pas écouter ce que Dieu lui demande de faire.
D’abord, c’est complètement illogique ce que Dieu demande, parce que ce qu’il demande est contraire aux promesses que Dieu lui a faite avant. Dieu a promis à Abraham de faire de lui une grande nation et que par sa descendance toutes les nations seront bénies en son nom. Et en plus, Dieu a promis que c’est par Isaac qu’une descendance sera assurée à Abraham. Et donc, si Dieu à Abraham de lui sacrifier Isaac, ça veut dire qu’il revient sur ses promesses, ça veut dire que Dieu est en train de se renier lui-même.
Ensuite, c’est contre la Loi de Dieu de verser le sang de quelqu’un d’innocent. Abraham connaissait certainement ce que Dieu avait dit lors de l’établissement de l’alliance avec Noé : « Si quelqu’un verse le sang de l’homme, son sang sera versé par l’homme, car Dieu a fait l’homme à son image » (Gn 9.6). C’est mal de commettre un meurtre. A combien plus forte raison est-ce monstrueux d’être l’assassin de son propre fils !
Et c’est ça le pire : Dieu demande à Abraham de lui sacrifier ce qu’il a de plus cher, son fils unique, celui qu’il aime le plus au monde. Voici l’épreuve insupportable que Dieu impose à Abraham : Qui Abraham va-t-il mettre à la première place de sa vie ? Son fils Isaac, ou le Seigneur son Dieu ? Est-ce que Dieu est vraiment son Dieu, ou est-ce qu’Abraham a fait de son fils Isaac une idole qu’il place au-dessus de tout y compris de Dieu ?
C’est à ces questions que la suite du récit répond en nous montrant la foi extraordinaire d’Abraham. Abraham va surmonter cette épreuve insurmontable. Sa foi va résister et en ressortir encore plus forte. Mais face à une telle foi, les lecteurs que nous sommes sont en même temps confrontés à leurs propres manquements ? Car, nous le savons bien : à la place d’Abraham, nous aurions évidemment échoué.
Mais avant de nous intéresser à la manière dont ce texte s’applique à nous, je vous invite à observer trois choses que nous montre ce texte : (I) l’obéissance d’Abraham, (II) la confirmation de l’alliance et (III) la providence de Dieu. Lire la suite »