Q. Si Jésus est mort pour les élus uniquement, comment annoncer la bonne nouvelle?
C’est compliqué de parler avec conviction du Seigneur à une personne lorsqu’on ne peut pas lui dire avec assurance ni que Jésus est mort pour lui.
Il est cependant remarquable, je trouve, que parmi tous les sermons ou fragments de sermons des Apôtres et de leurs proches (les sermons de Pierre : Actes 2.14-40, 3.12-26, 4.8-12, 5.29-32 ; ceux de Paul : Actes 13.16-47, 17.22-32, 22.1-21 ; celui d’Etienne : Actes 7.2-53) rapportés dans le Nouveau Testament, on ne trouve jamais des affirmations personnalisées telles que “Dieu vous aime” ou “Christ est mort pour vous”.
Il a parfois été avancé que la raison pour laquelle on ne trouvait pas des expressions telles que “Dieu vous aime”, c’est que cette façon d’évangéliser de façon personnelle n’était culturellement pas encore en vogue. Ce n’est cependant pas exactement vrai. Lorsque le Seigneur institua la Sainte-Cène, Jésus dit : “Ceci est mon corps qui est donné pour vous” et “ceci est la nouvelle alliance en mon sang versé pour vous” (Luc 22.19-20). Ici, Jésus est en train de parler personnellement à chacun des individus présents. Il est important de se rappeler qu’au moment de la première Sainte-Cène, Judas avait déjà quitté la chambre haute (cf. Jn 13.30) car ce n’est qu’après le souper que le mémorial fut institué (1 Cor 11.25). Si Paul n’avait précisé cela dans sa lettre aux Corinthiens, nous ne pourrions pas être sûr que Judas avait déjà quitté la chambre haute. Et si Judas avait été présent, l’affirmation de Jésus que tous ses disciples sans exclusion étaient au bénéfice de son sacrifice aurait été inappropriée. Mais ici, Jésus peut dire que son sang “est versé pour vous” car il sait que les disciples présents sont des vases de grâce – des élus. Cette distinction entre Judas et les autres disciples est soulignée avec précision par l’Ecriture qui nous dit qu’au début du repas Jésus lava les pieds de tous ses disciples, y compris Judas, et qu’il déclara : “Celui qui est lavé n’a besoin que de se laver les pieds pour être entièrement pur ; et vous êtes purs, mais non pas tous” (Jn 13.10) ; et Jean nous en donne immédiatement la raison : “Car il connaissait celui qui le livrait ; c’est pourquoi il dit: Vous n’êtes pas tous purs” (Jean 13.11).
Ainsi, lorsque Judas est présent, Jésus déclare à ses disciples : “vous êtes purs, mais non pas tous” ; mais lorsque Judas les quitte, Jésus affirme dans la même soirée à chacun des disciples restants : “Ceci est mon corps qui est donné pour vous”.
Une des critiques classiques contre ceux qui ont une doctrine calviniste du salut, c’est que leur théologie de l’expiation limitée tend à affaiblir leur zèle pour l’évangélisation. Je crois en fait qu’il vaut mieux dire que la cause de notre manque de zèle dans l’évangélisation a des racines plus profondes que notre théologie : nous manquons en fait souvent de courage lorsqu’il s’agit d’évangélisation – et cela n’a rien à voir avec le fait que nous ne croyions pas que Jésus est mort pour tous les hommes sans exception et de la même façon. Toujours est-il que si nous ne pouvons pas dire sincèrement à un ami non-chrétien : “Jésus est mort pour toi” parce que nous ne savons pas si c’est vrai, nous reste-t-il une “bonne nouvelle”, un évangile à leur annoncer ?
La réponse est évidémment oui ! Nous avons un message à apporter qui est à la fois général et particulier. D’abord, il y a un message général : “c’est une parole certaine et entièrement digne d’être reçue, que Jésus Christ est venu dans le monde pour sauver les pécheurs” (1 Tim 1.15). Ensuite, il y a un message particulier et individuel : “que celui qui veut, prenne de l’eau de la vie, gratuitement” (Apoc 22.17) et encore : “Voici, je me tiens à la porte, et je frappe. Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui, je souperai avec lui, et lui avec moi” (Apoc 3.20). De telles invitations faites à l’individu sont caractéristiques de la Parole de Dieu adressée à l’homme, aussi bien dans l’Ancien que dans le Nouveau Testament : “Vous tous qui avez soif, venez aux eaux, même celui qui n’a pas d’argent ! Venez…” (Es 55.1). Il s’agit là d’une invitation personnelle (cf. Luc 14.17) ; il s’agit d’une invitation à venir : “Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et chargés, et je vous donnerai du repos” (Mt 11.28). Ce message que nous devons apporter à des individus est une invitation personnelle adressée individuellement à celui qui entend : “En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui écoute ma parole, et qui croit à celui qui m’a envoyé, a la vie éternelle” (Jn 5.24).