Par quoi êtes-vous motivés ? Il est dans la nature humaine d’aimer les techniques qui nous permettront de réussir dans la vie. Il suffit de regarder d’aller chez un grand libraire et d’aller au rayon entreprise : “comment motiver”, “comment diriger”, “comment manager” ; ou alors au rayon religieux : “comment prier”, “comment jeûner”, “comment méditer” ; ou au rayon psychologie : “comment écouter”, “comment pardonner”, “être heureux, comment ?” ; etc.
Même si on peut se moquer de cette tendance à vouloir tout mettre dans des manuels, on est tous un peu comme ça. Le principe de Loi nous attire : dites-moi ce que je dois faire pour réussir, et je le ferai. C’est la nature humaine. La Loi de Dieu nous est innée, elle est dans notre conscience, elle fait partie de notre constitution morale, et qu’on le veuille ou non, on sait qu’il y a des principes qui, si nous les respectons, nous aideront bien à réussir dans nos entreprises. S’imposer des exercices physiques et un régime alimentaire sérieux peut nous être bénéfiques. Suivre les conseils d’un manuel de finance “pour les nuls” peut faire fructifier notre compte en banque. Alors, pourquoi n’en serait-il pas ainsi aussi pour la vie religieuse ? Après tout, si on peut recevoir de très bons conseils de son banquier pour le bien-être de nos finances, de très bons conseils de remise en forme de son prof de gym pour le bien-être de notre corps, pourquoi ne devrait-on pas attendre du pasteur de très bon conseil pour le bien-être de notre âme ?
Lorsque les chrétiens dise leur avis sur ce qu’il faut faire (Loi), les non-chrétiens, même lorsqu’ils ne sont pas d’accord avec ce qu’ils préconisent, se rendent bien compte que nous parlons un langage qu’ils comprennent, que nous parlons leur langage. J’imagine que c’est pour ça que les prédications et les enseignements dans nos églises sont aussi souvent moraliste. On considère que la Bible a des choses intéressantes à nous conseiller (Loi) pour vivre une meilleure vie.
Pourtant, il ne faut pas qu’il en soit ainsi. L’Eglise de Dieu ne doit pas être l’endroit où la vanité de l’homme est flattée, où on lui fait croire qu’il peut lui-même améliorer sa vie en réformant ce qui ne va pas. L’Eglise n’est pas le lieu où la vieille nature retrouve des forces pour la semaine à venir. Au contraire, elle doit y être annihilée, afin que Christ soit formé en nous, en notre nouvelle nature. L’Eglise ne doit pas prêcher une version édulcorée de la Loi, comme si la Bible était un manuel de bons conseils pour améliorer notre vie. L’Eglise doit prêcher la Loi dans toute sa force, de telle sorte que l’homme le plus sûr de lui soit jeté à terre, que son orgueil soit renversé. C’est là l’usage principal de la Loi. Les objectifs (Loi) que Dieu nous fixent servent avant tout à nous montrer que nous avons besoin de grâce. Dans un second temps, les objectifs (Loi) pourront orienter notre vie de chrétien mais pas la “motiver”.
Dès lors, lorsque Rick Warren prétend nous faire découvrir le vrai sens de la vie en ce que notre vie doit être “motivée par l’essentiel”, c’est-à-dire par cinq objectifs (l’adoration, la communion fraternelle, la maturité, le ministère, l’évangélisation), il ne fait qu’induire les chrétiens et les non-chrétiens en erreur : les chrétiens ne sont pas motivés par des objectifs (Loi), ils le sont par les promesses de Dieu (Evangile). Les cinq objectifs (lois) de Warren ne peuvent aucunement nous “motiver”, et nous conduiront au contraire soit au désespoir, soit au sentiment de propre-justice. Warren évite cependant l’écueil du légalisme flagrant en donnant une version allégée de la Loi : “Hé les gars, j’ai trouvé quelques principes utiles tirés du manuel d’instruction donné par Dieu qui vous aideront à avoir une vie victorieuse”. Même si la vie motivée par l’essentiel de Rick Warren se distingue des autres livres de psychologies en insistant sur le fait que nous avons été créé par Dieu et pour sa gloire, il ne cesse d’énoncer des principes qui s’ils sont appliqués, nous promet-il, nous donneront la victoire dans la vie de tous les jours. Il s’agit là, à mon avis, d’une confusion entre la Loi et l’Evangile. Et la conséquence ultime de cette erreur, c’est de ne plus prendre plaisir en Dieu mais d’avoir des ressentiments à son égard.
Ces objectifs suivent le principe de la Loi, mais cela ne les rend bien sûr pas mauvais pour autant. Nous avons besoin d’objectifs ! Personne ne peut vivre sans but. Néanmoins, il faut noter que les objectifs et les buts sont des choses que nous atteignons par nous-mêmes. Pour y parvenir, nous mettons en place des stratégies et des tactiques. Tout ceci est bon tant que nous nous rendons compte qu’il s’agit d’un principe de Loi et non d’Evangile : commandements et promesses sont aussi nécessaires les uns que les autres, mais ils ne doivent pas être confondus.
La Loi nous dit ce que nous devons faire, soit en nous mettant en face de la colère de Dieu (la Loi dans toute sa force), soit en nous montrant que nous sommes en train de gâcher notre merveilleux potentiel (version édulcorée de la Loi). La promesse de Dieu, au contraire, créé la vraie foi, laquelle créé les vrais oeuvres. Les impératifs que nous nous imposons (y compris les objectifs de Warren) tendent à nous rendre encore plus tournés sur nous-mêmes (soit parce qu’on se désespère soi-même, soit parce qu’on s’enorgueillit de ses réussites) alors que les promesses de Dieu nous détournent de nous-mêmes. La vie chrétienne d’après l’Ecriture est orientée par des objectifs, mais elle est motivée par des promesses. Les deux passages que nous examinons ci-dessous nous conduisent à cette conclusion.
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